C’est notre argent

Mike Ward sous écoute – Ép. 250


Il vole aux riches pour donner aux pauvres

Ça fait six ans que ça dure.
Six ans à encaisser des pressions, des coups psychologiques, des signaux de partout, tout le temps. À force, ça finit par marquer. Aujourd’hui, même l’hypervigilance est devenue un réflexe : chaque voiture qui passe, chaque plaque que je regarde, chaque détail que j’analyse. Je ne sais même plus toujours où s’arrête le réel et où commence l’interprétation — mais mon cerveau, lui, ne décroche jamais.

Comment on en arrive là ?

Honnêtement, je ne comprends toujours pas leur stratégie. Pourquoi afficher ? Pourquoi montrer leur nombre, leur argent, leur présence ? À quoi ça sert, sinon intimider ? J’ai parfois l’impression que c’est un jeu pour eux. Des gens riches, qui n’ont pas besoin de travailler, qui s’achètent des voitures comme d’autres achètent des bonbons, et qui décident d’aller écraser ceux qui n’ont rien. Pas parce que c’est nécessaire. Parce que c’est facile.

Une gang d’enfants gâtés, version millionnaire.

S’ils avaient vraiment voulu que ça s’arrête, ça aurait été simple : des démarches claires, des procédures, quelque chose de transparent. Mais non. À la place, c’est la pression, le bruit, le spectacle. Comme si le but n’était pas de régler un problème, mais de jouer avec la tête de quelqu’un. Et clairement, ils ont du fun à ça.

Frapper plus faible que soi, c’est la victoire la plus facile qui existe. Mais comment vous faites pour dormir la nuit ?

Moi, je n’ai pas d’argent.
Mais j’ai des valeurs.
Et ça, vous ne pourrez jamais me les enlever.

Ce que j’ai compris aussi, avec le recul, c’est à quel point on a laissé le Québec glisser entre les mains de gens extrêmement riches. J’ai ma part de responsabilité. Pendant longtemps, je ne m’intéressais pas à la politique. Je ne votais pas. Si j’avais compris que l’abstention menait à ça — à ce déséquilibre total — je n’aurais jamais manqué une élection.

Et je ne suis pas le seul.
C’est un problème collectif.
Au Québec, on ne s’intéresse pas assez à la politique… jusqu’à ce que ça nous frappe en pleine face.

Vaut mieux tard que jamais.

Comment renverser la situation ?

Il n’y a qu’un seul vrai levier.

Prouver que certains bâtiments ont été financés avec de l’argent sale. Les saisir. Les remettre à l’État. Les louer à prix raisonnable à des gens à faible revenu.

Rien de spectaculaire. Juste la loi, appliquée pour vrai.

Il y a quelques jours, tout ça faisait rire du monde. Mais imaginons une seconde les conséquences réelles : des immeubles saisis, des réseaux exposés, des condamnations. Là, ce ne serait plus drôle. Et pour une fois, tout le monde y gagnerait.

À Longueuil seulement, il y a des milliers de bâtiments comme ça. Il suffit d’en prouver un. Un seul. Parce qu’un mène à dix, dix mènent à cent, et l’effet domino fait le reste. Chaque petite victoire, c’est un autre immeuble de six logements qui revient à la classe moyenne.

La crise du logement peut être réglée.
Mais seulement avec des gens intègres au pouvoir — et une population qui vote pour eux.


Mot de la fin

Moi, j’ai compris certaines choses. Et j’espère que je ne serai pas le seul.

Le vote, ce n’est pas symbolique. C’est concret. Et le prochain été sera déterminant pour l’avenir du Québec. Si tu fais partie de la classe moyenne ou pauvre, si tu n’as pas de logement, si l’épicerie est rendue hors de prix, tu dois aller voter. Parce que si tu ne le fais pas, je te le promets : ta vie ne s’améliorera pas. Elle va empirer.

Si, après six ans, le Québec choisit enfin un parti qui a du sens, et qu’on réussit à récupérer ne serait-ce que la moitié de ces bâtiments, alors oui — ça aura valu la peine. J’aurai de quoi être fier.

Je l’ai toujours dit : je n’aime pas savoir ces choses-là, parce que je sais que ça me met à risque. Mais quand je regarde ma situation, au-delà des conflits, il reste un fait simple : je n’ai pas de logement, parce que trop d’immeubles ne sont pas là pour loger du monde mais pour blanchir de l’argent et servir aux activités des criminels.

Mettez-vous à ma place deux secondes.
Se faire intimider par ceux qui profitent du système.
Se faire intimider par ceux qui m’ont foutu à la porte de chez nous.

Moi, j’en ai plein le cul.
De vos face de cul,
De vos Tesla.
De votre mépris.

Le Québec vaut mieux que ça.