Mafia = Politique


2026/01/19 at 2:41 am

« On s’entend que tu devais être dans l’un de ces chars‑là. »


Quand le discours public brouille les pistes

Au Québec, on parle depuis longtemps d’ingérence, de favoritisme, d’intimidation et de jeux de pouvoir. Pendant des années, on a utilisé le mot « mafia » pour expliquer ces dynamiques, en particulier dans l’industrie de la construction. Certaines commissions d’enquête l’ont alimenté : témoins qui craignent de parler, entrepreneurs intimidés, médias qui amplifient l’imaginaire du crime organisé.

Mais si la clé de compréhension n’était pas là ?

Le problème de la “mafia” comme mot fourre-tout

Le terme “mafia” est souvent utilisé comme symbole du danger ou du secret. Pourtant, il finit parfois par masquer autre chose : des mécanismes institutionnels, des décisions politiques, des procédures opaques et des jeux de pouvoir bien plus banals, mais tout aussi puissants.

Dans ce sens, j’utilise une provocation :
“Remplace le mot mafia par politique”.

Non pas pour affirmer qu’ils sont identiques – ils ne le sont pas – mais pour souligner que ce qui effraie souvent les gens n’est pas une organisation criminelle, mais la façon dont se prennent certaines décisions publiquesqui influence quoiet qui paie le prix.

La perception de l’intimidation

Certains entrepreneurs ont dit craindre pour leurs contrats, leur réputation ou leur survie économique. Ils n’avaient pas peur d’une “famille mafieuse”, mais plutôt :

  • de perdre des contrats,
  • d’être isolés dans leur marché,
  • d’être blacklistés,
  • d’être accusés,
  • ou d’être sacrifiés pour protéger des intérêts plus importants.

Ce type de pression, qu’on peut qualifier d’institutionnelle, n’a rien à voir avec des gangsters en costume noir. C’est un autre terrain de jeu, plus silencieux, plus subtil.

Ma perspective personnelle

Si je parle de tout ça, ce n’est pas pour alimenter un mythe. C’est parce que je l’observe à travers ma propre expérience. Je n’ai jamais eu peur des gens qui se prétendent menaçants. Je n’ai pas d’entreprise à faire couler, pas de maison à incendier, pas de contrats à perdre. Et pourtant, j’ai parfois eu l’impression de faire face à des stratégies d’intimidation : pas physiques, mais sociales, professionnelles ou administratives.

Ce que j’en retiens, c’est surtout ceci : le pouvoir n’est pas là où on nous dit qu’il est.
Il ne se situe pas dans une “mafia” cachée mais dans les institutions, dans les décisions qui échappent au public, dans les systèmes qui choisissent qui est crédible et qui ne l’est pas.


La vraie peur n’est pas là où on croit

Moi je n’ai jamais eu peur “des puissants”.
Je n’ai pas de maison à brûler, pas de véhicule à vandaliser, pas d’entreprise à couler.
Ça les rend fous : on ne peut pas faire pression sur quelqu’un qui n’a rien à perdre.

La seule chose qui m’inquiète vraiment, ce ne sont pas les bureaux feutrés ni les décisions secrètes.
C’est l’instrumentalisation des invisibles.

Parce que si un jour il devait m’arriver quelque chose, ça ne viendra pas d’un ministre ou d’un PDG.
Ça viendra d’un pion qu’on aura payé en bières, en cigarettes, en “service rendu” ou en “arrangement”.

Les bandits ne portent plus de cagoules.
Ils portent des chemises.

Comment on se bat contre ça ?

Pas avec la peur.
Pas avec la violence.
Mais avec :

  • la transparence,
  • le droit d’expression,
  • les enquêtes publiques,
  • le journalisme,
  • l’accès à l’information,
  • et la participation citoyenne.

Ce n’est pas un combat spectaculaire. C’est un combat civique.