

Six ans sous pression : motifs, méthodes et conséquences d’une surveillance sans accusations
Depuis des années, je cherche à comprendre d’où viennent les personnes qui gravitent constamment autour de moi et pourquoi les mêmes scénarios se répètent, peu importe la ville où je me trouve. Je ne prétends pas détenir la vérité absolue. J’essaie simplement de comprendre ce que je vis.
En enquête, la base consiste à identifier les motifs et le modus operandi. C’est exactement ce que je fais ici. Je ne suis pas allé à Nicolet pour apprendre ça : je l’ai appris à force d’observer, de vivre la situation et d’en subir les conséquences.
Les motifs
S’il y a une chose dont je suis certain, c’est que rien de tout cela ne serait arrivé si je n’avais pas volé l’entreprise AIM Delsan. Je l’assume.
Selon les données publiques, le groupe AIM génère environ 3,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. Une entreprise de cette taille possède nécessairement une influence importante au Québec. Les informations sur les propriétaires et dirigeants sont publiques et accessibles à tous.
Un jour, je me suis rendu près du domicile d’un dirigeant de l’entreprise, sur le mont Royal à Montréal. Sans surprise, une voiture de sécurité privée était stationnée dans l’entrée, avec une personne à l’intérieur, présente toute la journée. Je n’ai rien fait. Je suis retourné dans ma voiture et je suis rentré chez moi. Regarder des informations publiques n’est pas un crime.
Le modus operandi
Peu importe la ville, le scénario demeure le même.
Sur l’autoroute, plusieurs véhicules m’entourent.
Dans l’autobus, des passagers semblent observer mes déplacements.
Dans les magasins, des personnes sont déjà à l’intérieur et analysent chacun de mes gestes.
Beaucoup de ces individus n’ont aucun lien apparent avec la police. Pourtant, les méthodes se ressemblent. Ce n’est pas une filature discrète destinée à recueillir des preuves. C’est une démonstration de force et de nombre.
Par moments, j’ai l’impression d’être plus surveillé qu’un criminel notoire. Lorsqu’on veut monter un dossier, on agit discrètement. Ici, l’objectif semble plutôt que je sache que je suis entouré.
L’effet d’entonnoir
Ce qu’il y a de plus difficile à supporter, c’est la pression psychologique. Peu importe où je vais, je me retrouve entouré de voitures, de piétons, parfois même d’itinérants s’il le faut.
L’important n’est pas la discrétion, mais la perception. Plus je reconnais des visages ou des véhicules, plus ils se multiplient. Comme des pions. Et des pions, ils en ont en tabarnak.
Longueuil
Encore aujourd’hui, en me rendant au palais de justice, j’ai croisé le même pick-up de police du SPAL. Premièrement, je doute qu’ils en aient beaucoup comme ça. Deuxièmement, je le vois à chaque fois que je viens à Longueuil.
Ça me donne l’impression que le pion, ce n’est pas nécessairement le chauffeur, mais le véhicule lui-même. Je ne suis même pas certain que la personne derrière le volant soit réellement un policier du SPAL.
À l’époque où je vivais à Longueuil, une seule policière m’arrêtait systématiquement : une blonde avec une couette. C’est elle qui m’a conduit à Mascouche, dans un poste de la Sûreté du Québec. Elle m’a dit :
« Ne t’inquiète pas, on va te ramener chez toi. »
Je lui ai répondu :
« J’espère tabarnak. »
Sainte-Catherine et l’équipe Onyx
À Sainte-Catherine, c’était toujours les mêmes deux policiers de l’équipe Onyx. Ce sont eux qui m’ont retiré mon droit de conduire, donné sept contraventions d’un coup et saisi mon véhicule pour 30 jours parce que j’avais oublié de payer une amende et que mon permis était suspendu.
Quand c’est arrivé, je ne savais même pas qu’ils faisaient partie d’Onyx. C’est leur superviseur qui a laissé échapper l’information lorsque je suis allé me plaindre le lendemain avec une vidéo. Il m’a dit clairement que l’attitude du policier était inacceptable et qu’il y avait matière à porter plainte.
Je ne l’ai pas fait. J’ai seulement demandé que les policiers soient rencontrés.
Le soir même, en débarquant de l’autobus, j’ai vu ces deux policiers avec le superviseur, stationnés là où circulent les autobus, en train de discuter tranquillement avec des jeunes. Visiblement, personne n’en avait rien à foutre. Le mandat continuait : me faire chier.
Saint-Jérôme
À Saint-Jérôme, où j’habite aujourd’hui, je reconnais aussi certains véhicules : un camion avec deux policières, un autre conduit par un jeune policier aux cheveux légèrement frisés. Je n’ai pas pris de photos volontairement, car j’essaie de maintenir une relation correcte avec le service de police local.
Mais je suis capable de constater que les autres véhicules ne sont pas là.
Un modèle récurrent
Dans chaque corps de police municipale, il semble y avoir un ou deux véhicules qui travaillent avec cette équipe. On les reconnaît facilement : ils font partie de la vague, roulent à la même vitesse que les autres, comme si tout ce qui se passait était parfaitement normal.
C’est quoi une filature ?
Une filature doit être autorisée par un juge et viser un objectif clair : recueillir des preuves afin de déposer des accusations. Depuis le vol chez AIM Delsan, la police a toujours été présente. Ils savaient que c’était moi. Pourtant, personne n’est jamais venu me rencontrer à ce sujet.
Une filature ne peut pas durer six ans. Elle est limitée dans le temps, encadrée par des règles strictes et soumise à des conditions précises. Aucun juge n’aurait autorisé une surveillance à vie. C’est impossible.
Pourquoi ne jamais avouer ?
Parce qu’il n’y a jamais eu de mandat. Je serais même prêt à parier ma liberté qu’AIM Delsan n’a jamais porté plainte officiellement pour le vol que j’ai commis chez eux, malgré le fait qu’ils savent très bien que c’était moi.
Il y a aussi un aspect rarement abordé. Ils ne devaient certainement pas apprécier le fait de me payer pour des matériaux qui leur appartenaient déjà. Peu importe où je vendais mon cuivre, au final, c’est presque toujours le géant AIM qui l’achetait et le recyclait.
Autrement dit, le cuivre provenait de leurs propres contrats de démolition. Je le récupérais, puis ils me le rachetaient par la chaîne normale du recyclage. Concrètement, c’est comme s’ils payaient deux fois pour la même matière.
Ils n’ont probablement pas aimé non plus que je démonte une usine seul, avant même que leurs équipes commencent à travailler, ni que j’utilise le chariot élévateur sur place pour remplir mon camion de location.
Des rumeurs circulaient déjà à l’époque selon lesquelles l’entreprise revend en ligne les équipements électriques usagés récupérés lors des démolitions. Ils étaient venus prendre des photos du matériel, l’avaient affiché, puis, lorsqu’un acheteur se manifestait, ils venaient le démonter. Le problème, c’est que lorsque j’ai tout emporté, il ne restait plus rien.
À ce moment-là, je n’étais pas au courant de cette pratique. Si je l’avais su, je ne l’aurais jamais fait. Mais on ne peut pas revenir en arrière.
Transition
À partir de là, tout se bloque.
Sans plainte officielle, sans mandat et sans accusations, il n’y a aucun cadre légal pour régler la situation. Rien ne passe par les tribunaux, rien n’est tranché, rien n’est assumé.
Ce vide laisse place à des pratiques officieuses, à de la pression psychologique et à une surveillance diffuse sans objectif judiciaire clair. Le problème n’est plus le vol en soi, mais ce qui a été choisi à la place d’un processus légal normal.
Ce qui aurait dû se passer
Ce qui aurait dû arriver est simple : une plainte, une enquête, des accusations, une peine. Comme dans tous les autres dossiers où j’ai plaidé coupable.
Ces accusations auraient mis fin à mes agissements. J’aurais arrêté. Elles auraient probablement suffi à convaincre ma conjointe d’arrêter ce mode de vie. Au lieu de ça, j’ai perdu ce que j’aimais le plus au monde : ma conjointe et ses enfants.
Une stratégie de non-accusation
Pendant six ans, la Sûreté du Québec a été présente pendant que je commettais des crimes devant eux. Les seules fois où j’ai été arrêté, c’est lorsqu’un voisin ou un passant a appelé le 9-1-1 et qu’un service municipal est intervenu.
Ces personnes, présentées comme de simples citoyens, jouent peut-être un rôle plus actif qu’il n’y paraît. Cette zone grise permet une chose : aucune responsabilité.
Même sur l’autoroute, à plus de 200 km/h, personne n’a jamais appelé le 9-1-1 pour signaler un individu dangereux impossible à semer. Le scénario semblait plutôt miser sur un accident, une panne ou une fin sans rapport officiel.
Surveillance des chantiers
Je volais ce que je considérais comme des rebuts d’entreprises de démolition, pas sur des chantiers neufs. Pourtant, j’ai toujours eu l’impression d’avoir toute l’industrie de la construction contre moi, alors qu’une équipe distincte et massive existe déjà pour surveiller les vrais vols sur les chantiers actifs.
La diffamation
Je crois sincèrement que l’arme la plus efficace utilisée contre moi est la diffamation. Je déménage, et rapidement, tout le monde semble déjà me connaître.
Dans les commerces, je suis surveillé alors que je n’ai aucun historique de vol à l’étalage. Je me demande ce qu’on dit à mon sujet pour que des civils participent à ça sans se demander s’ils détruisent quelqu’un à petit feu.
Peuvent-ils renverser la situation ?
Honnêtement, je ne pense pas. Même avec une décision judiciaire, le mal est fait. Le message est passé à Sainte-Catherine, à Longueuil et maintenant à Saint-Jérôme.
La différence aujourd’hui, c’est que je suis sobre, stable et bien entouré.
Conclusion
Oui, j’ai volé.
Oui, je le regrette.
Non, je n’ai pas peur.
Et non, je ne mérite pas de mourir pour ça.
Que ce soit la police, des firmes de sécurité privées ou d’autres acteurs, mes droits ont été atteints. Je vais me battre par les voies légales, parce qu’au Québec, on ne fait pas sa propre loi.
Si je documente ces pratiques, ce n’est pas par vengeance, mais par souci de transparence. Un système de justice ne devrait jamais servir les intérêts des plus puissants au détriment des individus. Le vrai problème, ce sont les bandits à cravate, pas ceux qu’on laisse volontairement sans procès.
